René Thom

«Ce que l'on appelle usuellement une forme, c'est toujours, en dernière analyse, une discontinuité qualitative sur un certain fond continu.(…) L'essence de la théorie c'est de ramener les discontinuités apparentes à la manifestation d'une évolution lente sous-jacente.» En effet, «le continu est en quelque sorte le substrat universel de la pensée.(…) Mais on ne peut rien penser de manière effective sans avoir quelque chose comme du discret dans ce déroulement continu des processus mentaux : il y a des mots, il y a des phrases, etc.» Plus généralement, «nous sommes faits pour voir essentiellement des discontinuités. Elles seules sont significatives.» À cela s’ajoute que « les gens préfèrent poser l'hypothèse que le système n'a qu'un nombre fini et très petit d'états, car si ce nombre est important, on ne peut pas travailler.» Or, «si la conviction se répand dans le monde que tout y est comme sur un écran de télévision, on en arrive à dire que, finalement, là où nous voyons de la continuité, il n'y a en réalité que de la discrétion, des particules discrètes, et c'est tout.(…) C'est donc une hypothèse de technologie que celle de la discrétisation de l'univers.»