Michel Benasayag

«Dans un système où la personne apparaît comme un individu séparé de son milieu et de son histoire, les moralistes appellent "choix volontaire" le moment où elle se croit mue par une force endogène qui lui permettrait de faire un choix libre. Cette force métaphysique et imaginaire tente seulement de donner une cohérence à l'ensemble des tropismes et surdéterminations qui constituent la singularité de chaque être humain.» En fait, «un organisme n'agit jamais par rapport à une totalité dont il aurait "conscience", mais dans une totalité à laquelle il participe. La psychanalyse regorge ainsi de ces histoires où les patients essayent de construire, de façon narcissique, une cohérence, en appelant "décision" ce qui tout simplement est là, surdéterminé depuis longtemps.» Ici, le concept de résultante expliquerait «des phénomènes obéissant à une causalité descendante, sans qu'il soit nécessaire de recourir à un projet téléologique: la résultante modifie les éléments dont elle résulte.» En revanche, «la trop grande proximité nous empêche, en se concentrant sur les détails, de voir les articulations de l'ensemble (c'est d'ailleurs ce manque d'ajustement qui invite les individus à se promener dans leurs vies en persévérant dans leur ridicule sensation d'être si singuliers et si uniques).»