Sigmund Freud

«L’homme est devenu pour ainsi dire une sorte de “dieu prothétique”, dieu certes admirable s’il revêt tous ses organes auxiliaires, mais ceux-ci n’ont pas poussé avec lui et lui donnent souvent bien du mal.» C'est ainsi qu’il «devient névrosé parce qu'il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société au nom de son idéal culturel.» Pour sa part, «la civilisation néglige tout cela, elle se borne à décréter que plus l’obéissance est difficile, plus elle a de mérite.» De fait, «l’éthique dite naturelle n’a rien ici à offrir que la satisfaction narcissique de pouvoir nous estimer meilleurs que les autres.» De son côté, «en fixant de force ses adeptes à un infantilisme psychique et en leur faisant partager un délire collectif, la religion réussit à épargner à quantité d'êtres humains une névrose individuelle, mais c'est à peu près tout.» En effet, «quand le croyant se voit en définitive contraint d'invoquer les "voies insondables de Dieu", il avoue implicitement que, dans sa souffrance, il ne lui reste, en guise de dernières et uniques consolation et joie, qu'à se soumettre sans conditions. Et s'il est prêt à le faire, il aurait pu sans doute s'épargner ce détour.»