Emmanuel Mounier

«L'homme peut vivre à la manière d'une chose. Mais comme il n'est pas une chose, une telle vie lui apparaît sous l'aspect d'une démission.» De son côté, «l'homme du divertissement vit comme expulsé de soi, confondu avec le tumulte extérieur: ainsi l'homme prisonnier de ses appétits, de ses fonctions, de ses habitudes, de ses relations, du monde qui le distrait.» En fait, «la vie personnelle commence avec la capacité de rompre le contact avec le milieu, de se reprendre, de se ressaisir, en vue de se ramasser sur un centre, de s'unifier. À première apparence, ce mouvement est un mouvement de repli.» Mais «c'est sur cette expérience vitale que se fondent les valeurs de silence et de retraite.» Loin de cette «vie immédiate, sans mémoire, sans projet, sans maîtrise, ce qui est la définition même de l'extériorité, et sur un registre humain de la vulgarité.» Car au fond, «la vie personnelle étant liberté et surpassement, et non pas accumulation et répétition, la culture ne consiste en aucun domaine dans l'entassement du savoir, mais dans une transformation profonde du sujet, qui le dispose à plus de possibilités par plus d'appels intérieurs.(...) Elle est ce qui reste quand on ne sait plus rien: l'homme même.»