Richard Rorty

«L'idée force de la théorie de la connaissance est qu'être rationnel, être pleinement humain, faire ce que l'on doit, c'est être capable de trouver un terrain d'entente avec les autres. De là que construire une théorie de la connaissance consiste à élargir au maximum un tel terrain d'entente avec les autres, de là aussi que, poser qu'on peut construire une théorie de la connaissance, c'est poser l'existence d'un tel terrain. Il y a eu un temps où l'on s'est imaginé qu'on trouverait ce terrain d'entente hors de nous – par exemple dans l'ordre de l'Être (...). Puis, comme au XVIIème siècle, on s'est imaginé qu'on le trouverait en nous, qu'il suffisait de comprendre notre esprit pour accéder à la méthode qui nous permettrait d'atteindre la vérité. Les philosophes de l'école analytique, quant à eux, ont cru qu'il fallait s'en remettre au langage.» D'un point de vue herméneutique, «être rationnel, c'est résister à la théorie de la connaissance – à l'idée qu'il y aurait un (et un seul) ensemble de termes à l'aide desquels toute contribution à la conversation devrait pouvoir se formuler –, c'est vouloir saisir le jargon de notre interlocuteur, et non essayer de le traduire dans le nôtre.»