Yves Winkin

On tend d’ordinaire «à considérer que les individus vivent leurs interactions en fonction de leur nature, de leur tempérament, leur humeur du moment, etc. bref en fonction de facteurs essentiellement personnels.» Alors que le systémicien «considère que ces interactions ont leurs propres règles, extérieures aux individus, qui ne peuvent que les suivre s’ils veulent que l’on continue à les considérer comme des gens normaux.» Ainsi dans le comportement de jeu, les parties montrent «qu’elles savent émettre et recevoir des signaux disant: “ceci est un jeu”. En d’autres termes,(…) elles “métacommuniquent”. Ou encore: elles mettent des guillemets, elles encadrent leurs messages.(…) Or le schizophrène adulte peut se définir par cette même incapacité à distinguer les messages de niveau I de ceux de niveau II. Il prend littéralement tout message émis ou reçu. Il ne métacommunique plus, à son propos ou à propos d’autrui.» De ce point de vue, la “double contrainte“ devient «un principe abstrait, qui s’applique autant à l’art, à l’humour, au rêve qu’à la schizophrénie.» On peut y voir «un même processus de création fondé sur le renversement des niveaux de messages: le commentaire devient le texte et vice versa.»