Harry Frankfurt

in Théorie de l'action (recueil)

«La liberté de l'action est (en gros du moins) la liberté d'agir selon ses désirs. De façon analogue, l'énoncé qu'une personne jouit de la liberté de la volonté signifie (en gros également) qu'elle est libre de désirer ce qu'elle désire désirer.» De fait, «c'est en prenant conscience de l'écart entre sa volonté et ses volitions de second niveau, ou en se rendant compte que leur concordance n'est pas son œuvre mais l'effet d'un pur hasard», que l'individu «ressent son manque de liberté.» Il s'ensuit que, «ou bien sa volonté tend à être paralysée et il sera dans l'incapacité d'agir, ou bien il tend à se désengager vis-à-vis de sa volonté, qui va opérer sans sa participation.» Ainsi réduit à être le «spectateur impuissant des forces qui le meuvent», il se voit «détruit en tant que personne.» En revanche, «lorsqu'une personne s'identifie de manière définitive à un de ses désirs de premier niveau, cet engagement "résonne" à travers l'ensemble potentiellement infini des niveaux supérieurs.» Cela veut dire «qu'elle a décidé qu'il n'y a plus, à quelque niveau que ce soit, de questions à poser quant à sa volition de second niveau.»