Jean-Paul Sartre

«L’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être. Non pas ce qu’il voudra être. Car ce que nous entendons ordinairement par vouloir, c’est une décision consciente, et qui est pour la plupart d’entre nous postérieure à ce qu’il s’est fait lui-même.» C’est-à-dire à «un choix plus originel, plus spontané que ce qu’on appelle volonté.» Et à partir duquel, «je crée une certaine image de l’homme que je choisis», de sorte que «en me choisissant, je choisis l’homme.» Il s’ensuit que «tout homme qui se réfugie derrière l’excuse de ses passions, tout homme qui invente un déterminisme est un homme de mauvaise foi.(…) Je dirai qu’il y a aussi mauvaise foi si je choisis de déclarer que certaines valeurs existent avant moi; je suis en contradiction avec moi-même si, à la fois, je les veux et déclare qu’elles s’imposent à moi.» En même temps, l’homme «se rend compte qu’il ne peut rien être ( au sens où l’on dit qu’on est spirituel, ou qu’on est méchant, ou qu’on est jaloux) sauf si les autres le reconnaissent comme tel.» Ainsi, «découvrons-nous tout de suite un monde que nous appellerons l’intersubjectivité, et c’est dans ce monde que l’homme décide ce qu’il est et ce que sont les autres.»