Laurent Cordonnier

in À qui se fier (Revue du MAUSS, N° 4)

Au cours de relations humaines, «la coopération pourrait se révéler plus absurde encore que la défection. Le risque est gros, en effet, de se retrouver seul à coopérer.» Dans cette perspective, «l’action humaine ne consiste pas d’abord à “employer des moyens pour atteindre des fins”.» Mais plutôt «à offrir à l’attention des autres un principe d’action grâce auquel ils puissent s’expliquer notre comportement.» Dans le même temps, «l’exigence d’être rationnel pour l’autre, et donc de se placer sous une loi de comportement, (...) ne joue cependant pas à la manière d’un déterminisme physique.» Car, «si chacun perçoit que l’autre, pour les mêmes raisons que lui-même, cherche à éviter la défection, il redevient rationnel, de part et d’autre, d’envisager de faire défection à nouveau.» Au fond, «on voudrait que la coopération de l’autre soit incertaine, tout en sachant que l’on peut compter dessus.» Suivant cette argumentation, «il est bien rationnel (…) de s’en tenir au principe : coopère pour que l’autre coopère.» En fait, «la défection se justifierait dans le cadre d’une relation homme-machine (ou homme-nature), mais non dans le cadre d’une relation de personne à personne.»