Douglas Hofstadter

«La présence d'une boucle de rétroaction, même assez simple, incite fortement les humains à changer de niveau de description; à oublier la mécanique dénuée de buts (où ce sont les forces qui déplacent les choses) pour passer directement au niveau délibérément orienté de la cybernétique (où, pour parler sans détours, ce sont les désirs qui font se mouvoir les choses).» Et de fait, «bien que l'auto-perception humaine commence aussi innocemment que l'humble mécanisme du flotteur d'une chasse d'eau (…), sans trace d'une quelconque causalité contre-intuitive, elle finit inéluctablement par postuler une entité émergente exerçant une causalité inversée sur le monde.» Toutefois, «une boucle étrange d'auto-représentation "brute" ne donne pas naissance à un soi distinct elle n'est qu'une coquille générique, standard, qui a besoin qu'un contact avec le monde extérieur lui fournisse de quoi acquérir une identité propre.» Donc, «chacun vit partiellement dans le cerveau de l'autre (…) à la limite jusqu'à ce que la notion de frontière claire entre eux se dissolve lentement.» Mais, «l'idée de l'interpénétration et de la fusion des âmes est simplement trop compliquée, voire inquiétante.»