Claude Romano

«La sincérité consiste à dire ce qu'on pense, parfois même à faire ce qu'on dit ; l'authenticité à être ce qu'on est. C'est pourquoi elle est indissociable de l'idée d'accomplissement de soi, d'épanouissement de ses propres virtualités : elle exige que nous nous trouvions nous-même en nous soustrayant aux pressions du conformisme.» Or «l'idéal d'authenticité personnelle et le perfectionnisme moral qui l'accompagne se sont démocratisés (…) jusqu'à transcender la culture élitiste à laquelle ils appartenaient à l'origine.» De sorte que «en devenant notre forme de vie, l'impératif de vérité envers soi-même» aurait abouti à «une véritable "culture du narcissisme" et à son cortège de conséquences funestes : l'érosion des liens sociaux, le repli sur soi individualiste, l'hédonisme creux, la rivalité et l'envie généralisées, le culte de la performance, un relativisme moral à peu près total, un vide existentiel extrême» , liés «à une perte d'estime de soi et au sentiment de sa propre insuffisance.» Tout compte fait, «du "problème de l'authenticité", on pourrait dire alors ce que Wittgenstein affirmait des problèmes existentiels en général : "La solution au problème de la vie se remarque par la disparition de ce problème".»