Le Temps de la consolation

 

«Avant qu'il ne devienne un projet positif, le "désenchantement du monde" a été une épreuve qui a profondément altéré le pouvoir consolateur de la raison. C'est pourquoi, à l'inverse de leurs prédécesseurs, les philosophes modernes ne s'arrogent plus le droit de consoler.» Dans ce cadre, «l'inconsolé est l'homme moderne conscient de la rupture (il n'existe plus de point de vue de surplomb depuis lequel tout serait justifié) et soucieux d'y répondre (la consolation passe désormais par l'invention de nouvelles manières d'être ensemble).» En revanche, «celui qui recherche la réconciliation ne se satisfait ni d'être inconsolable ni d'être consolé (...) : tout ce qui fait obstacle à son désir de plénitude doit être vaincu dans un savoir d'un nouveau genre.(...) Là réside la principale différence avec les pensées de la consolation : la réconciliation n'offre pas autre chose que ce qui a été perdu, elle offre, si l'on ose dire, la même chose en mieux.» Ainsi, «devant nous se présente le fantasme de l'homme augmenté : immortel dès cette vie, d'autant plus vivant qu'il n'est plus séparé ni de l'univers, ni des autres, ni de lui-même, existant par-delà la séparation de la nature et de l'artifice. Toujours déjà consolé puisqu'il n'a rien perdu.»