La sagesse ordinaire

«Le danger qui menace l'homme et que distillent certaines sagesses enseignées comme des dogmes lénifiants, c'est la fatigue de soi.(...) La lucidité qu'elles encouragent ne vise pas à susciter la prise d'initiatives sur le monde ni à éveiller le sentiment de la responsabilité grâce auquel on reconnaît la liberté humaine.» En effet, «le désir d'être pleinement conscient de ce qu'il vit n'implique pas forcément que le sage croie en la possibilité de modifier son destin.(...) Notre époque ne permet plus (...) ni à la démobilisation ni à la folie heureuse de nous délivrer des pesanteurs de la réalité, tant la tyrannie des technologies a envahi notre quotidien.» Dans ces conditions, «il peut être prudent d'en appeler à cette colère qui rétablit l'adversité, faute de laquelle la volonté et l'intelligence s'éteignent.(...) La sagesse n'a jamais paru autant subordonnée au pouvoir de dire "non".(...) Entre un monde qui n'attend de moi qu'admiration et acceptation et un monde qui me défie de vouloir l'impossible, mon choix est fait, qui ne paraîtra insensé qu'aux esprits empreints de la religiosité souvent dénoncée par Nietzsche.»