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«Goethe est convaincu que l'aspiration à l'inconditionné, à la totale liberté de la volonté est nuisible à l'action humaine.» Il évite cet écueil «grâce à un stratagème qu'il pratique souvent, en confiant cette soif de l'illimité à l'un de ses personnages, le conte Egmont : ayant objectivé ainsi ce sentiment, il peut prendre ses distances avec lui.» Il fait de même avec son Werther : «Si Goethe ne se suicide pas, ce n'est pas parce qu'il a élaboré un bon raisonnement ; c'est que, ayant tenté le geste, il n'y arrive pas : son désir de vivre est trop fort. Mais, une fois ce constat formulé, il choisit de mettre sa réflexion en accord avec son être, et renonce donc aux rêveries morbides. Il y parvient en se voyant comme du dehors : un jeune homme qui, tous les soirs en se couchant, fait une tentative de suicide mais ne se décide pas à verser la moindre goutte de sang ! Il y a là de quoi rire : le rire naît en effet de ce regard porté sur soi de l'extérieur.» Cependant, «il ne s'agit pas de se ménager une évasion dans un monde plus agréable que celui où nous habitons, mais de s'élever au-dessus de sa propre expérience, de la voir comme à travers les yeux d'un autre et d'inscrire ainsi son destin dans la marche du monde.»