img101

Tzvetan Todorov s’est penché sur le «paradoxe de labsolu individuel, à la fois conquis en toute liberté et ne dépendant pas de la volonté des sujets particuliers. L’idée même d’un absolu individuel est, bien sûr, problématique: si chaque individu décide souverainement de ce qui dans sa vie sera absolu, n’est-on pas, alors, ramené à ce relativisme que l’on croyait fuir ? Il y a certes problème, mais il n’est pas insoluble: c’est qu’il ne s’agit jamais d’un choix arbitraire.» En effet, «autant une vie est indéterminée avant d’être vécue, quelles que soient les pesanteurs de l’hérédité, de la culture et de la société dans laquelle on naît, autant, une fois engagée, cette vie tend à devenir de plus en plus nécessaire, en donnant l’impression, quand elle est terminée, que son déroulement était inéluctable.» Dans le fond, «chacun de nous fait la découverte de ce qui, tout en étant en lui, le déborde; de ce qui, tout en étant mis au jour par lui seul, peut être communiqué aux autres. Paradoxal ne signifie donc pas inexistant: c’est la présence de cet absolu individuel qui nous fait ressentir la différence entre une vie que nous qualifierons de “belle” ou de “riche de sens”, et une vie seulement ornée de réussites ou d’agréments.»