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Nicolas Tavaglione aborde les intuitions du bon voisin: «Elles sont le produit d’une formation éthique à laquelle concourent depuis l’enfance toutes les “autorités” et qui vise à nous faire acquérir une seconde nature civilisée», de sorte que «nous attendons de nos voisins chaque matin dans l’ascenseur qu’ils aient une répugnance “naturelle” pour le meurtre. Cette “attente morale” nous est si familière qu’elle passe presque inaperçue.» Or, dans le cas particulier du citoyen dans une “guerre juste", «l’autorité de l’État (…) m’impose des mains sales que je n’ai pas choisies.» De plus, «en donnant à l’agent un motif de se “réfugier derrière l’excuse”, elle encourage la mauvaise foi.» Cela semble «renouer avec tous les mythes de l’État comme incarnation de “l'esprit objectif” (...) ainsi qu’avec les antiques justifications du gouvernement théocratique.» Car, on pourrait «formuler une méta-question du type: “Bon voisin, bon citoyen, qu’importe ! Que ferait un vrai chrétien ?”. Ce serait introduire un troisième point de vue (celui du droit enfant de Dieu) et lui donner, de manière expéditive, un privilège sur les deux premiers.»