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«Dans des sociétés où le collectif est fort, l'individu blessé n'est touché que par l'enveloppe de son groupe qui circonscrit son identité.» Tandis que «dans des sociétés démocratiques, l'individu émancipé est moins protégé par des institutions qui règlent son destin.» Dans ces conditions, «le statut de victime lui offre un "capital imaginaire"», en vertu duquel «ce qui compte est non la généralité de l'infraction mais la singularité de la victime, non une accusation encadrée par une procédure mais un affect exacerbé par la crainte de l'impunité; non la peine bornée par un pardon légal mais la revendication d'une punition illimitée.» De sorte que se dessine une transaction «entre un État qui cherche ainsi une légitimité morale et des individus tentés par l'idéologie victimaire pour échapper au non-sens de leur malheur», une rencontre d’où naîtrait un “populisme pénal“ qui «affecte à la fois l'équilibre de l'État de droit (entre sécurité et libertés) et la vie même de la démocratie sans cesse secouée par des paniques morales.»