Traité de la nature humaine

«La raison est et ne doit être que l'esclave des passions et ne peut jamais prétendre à d'autre fonction que de les servir et leur obéir.(...) Selon que notre raisonnement varie, nos actions varient en conséquence. Mais il est évident dans ce cas que l'impulsion ne naît pas de la raison, mais qu'elle est seulement dirigée par elle.(...) Une passion doit s'accompagner d'un jugement faux pour être déraisonnable ; et même alors, ce n'est pas la passion qui est à proprement parler déraisonnable, mais le jugement.(...) Puisque, d'aucune façon, on ne peut déclarer une passion déraisonnable, sauf quand elle repose sur une fausse supposition ou quand elle choisit des moyens qui ne suffisent pas à la fin projetée, il est impossible que la raison et la passion puissent jamais s'opposer l'une à l'autre ou se disputer le gouvernement de la volonté et de l'action. Dans l'instant même où nous percevons la fausseté de la supposition ou l'insuffisance des moyens, nos passions le cèdent à notre raison sans aucune résistance. Je peux désirer un fruit, pensant que sa saveur est délicieuse ; mais si vous me convainquez de mon erreur, je cesse de le désirer.»